Témoignages

mordançage

par Jean GORVAN

ELOGE DE LA MER BASSE

Des varechs bleus
cueillis sur le papier

Des goëmons verts
ornant les rochers

Un delta se dessine
un portrait apparaît

Eloge de la mer basse

Le solide et le fluide
fusionnent.

Tout se fixe
Chimiquement

Instants décisifs
dans le secret
d'une chambre obscure

Ce qui ressort de ces mordançages, c'est l'écriture plastique que Pierre-Louis Martin développe avec constance. Son vocabulaire artistique mêle avec subtilité identification et interpétation, capture du réel et manipulation, foisonnement et solitude.

Le territoire visuel de l'artiste est ici celui de la forme. Un cliché simple, à la portée de chacun d'entre nous, un fragment de nature sur lequel on a un jour posé les yeux. Les clichés peuvent être sans date et sans légende. Cette intemporalité est de bon aloi pour mieux célébrer la poésie de la nature.

Sujet modeste, traitement délicat, image silencieuse. Ces micros paysages sont aussi le portrait de l'auteur lui-même qui nous invite à la contemplation. Ces paysages ordinaires, transformés en autant d'autres lieux étranges, vibrent d'un fascinant mystère.

Loin des contraintes marchandes, Pierre-Louis Martin nous livre ici un des aspects les plus purs de son art. Retourner voir les algues. La marée haute ne fait que passer.

Jean GORVAN

par Camille FAVRE

Pierre-Louis Martin, plus qu'un photographe, est un faiseur d'images, une sorte de magicien doué pour transformer la réalité photographique...

Son acte artistique, qui consiste à récupérer des plaques photographiques pour en élever l'image au rang de l'art, s'apparente aux ready-made de Marcel Duchamp. Mais, il s'appropie aussi le travail artisanal du photographe anonyme et le valorise...

Il a comme point d'orgue la mémoire des personnes, des choses et des objets, fussent-ils futiles à nos yeux contemporains, car, faute de mal considérer la photo d'amateur et familiale, nous mettons en péril notre propre patrimoine.

Pierre-Louis Martin nous suggère d'en prendre soin, ou au moins, de le considérer comme un bien collectif...

Camille FAVRE

par Jean-Claude GAUTRAND

De la métamorphose des pissenlits aux signes du zodiaque, en passant par les Fables de La Fontaine, l'univers magique de Pierre-Louis Martin est identique. C'est que cet alchimiste du rêve ne s'intéresse à un motif que s'il est capable de céder la place à l'inattendu, à la rencontre, à la découverte de sa transmutation.

Loin de n'être qu'un acte gratuit, son choix obéit à un certain nombre de critères sociologiques, esthétiques, poétiques et techniques au sein desquels Pierre-Louis Martin découvre son bonheur et, au-delà du miroir, un monde nouveau ouvert à tous les frères voyants.

Joignant sa connaissance du règne végétal à sa dextérité technique à détourner le processus photographique, il est passé maître dans l'art de saisir l'instant chimique décisif qui lui permet d'échapper aux limites du réel pour s'aventurer dans un nouvel espace imaginaire.

Espace construit sur un graphisme exacerbé par les virages, mordançages et autres acrobaties techniques qu'une longue expérience lui permet, aujourd'hui, de parfaitement maîtriser, brouillant ainsi les pistes, il nous propose un univers parfois surréalisant ou à contrario étrangement constructiviste fait d'éclats, de coups de lumière, de gammes de gris ou de camaiëu déconcertants qui ne cessent de charmer l'œil.

En nous détournant de nos habitudes visuelles, Pierre- Louis Martin apparaît alors comme un affabulateur imaginatif qui nous conte ses propres histoires... Dans la série consacrée aux graminées, Pierre- Louis Martin multiplie les détails allégoriques et symboliques, mutile la réalité en recréant, par le jeu des sels métalliques, or, cuivre, sel, palladium, une véritable nouvelle matière photographique donnant à l'image cet aspect de gravure rutilante.

Maître de sa création, manipulant la gélatine, créant sa propre palette de couleurs (bleu sel de fer, jaune vanadyle, rouge nitrate d'uranyle) intervenant manuellement pour supprimer l'accessoire et modeler ses fonds, il reste aux aguets pour bloquer subtilement - autre forme d'instantané - le processus chimique au moment précis où l'évolution de l'image satisfait ses exigences.

Et là le miracle se renouvelle à tout coup : de nouvelles saynètes ou de nouveaux idéogrammes sont proposés à notre sagacité.

Au-delà du "jeu-récréation" ces Photogrammes à histoires nous plongent dans l'enchantement et la contemplation. Oublié la complexité du processus, ces images simples, pleines de charme, de naïveté et de candeur nous ouvrent pour les unes les portes d'un monde plein de fraîcheur enfantine ou pour les autres, celle d'un univers mystérieux où par la volonté d'un véritable démiurge, la réalité se brise pour donner vie à de nouvelles matières, obéissant ainsi à celui dont le souci primordial reste de satisfaire aux plaisirs contemplatifs de l'œil.

Jean-Claude GAUTRAND

http://www.chambrenoire.com

par Thea GRANT

It is when standing before one of the singular works of Pierre-Louis Martin that you realize the magnitude of his machinations. Martin seems to play the role of scientist, photographer, and storyteller effortlessly. He deftly interweaves the structures of stories and parables of old with the structures of leaves and the found objects of nature, refining all to chemical culmination wich is pleasing to the eye.

Whereas they begin with simple silhouettes of a photogram, Martin's images come to life in layers. Each is processed with a select palette of tinctures and salts that distrort and reactive the original découpage, as though in a kitchen, marinating the collages in various chemical baths to bring precise details to perfection, filling the frames with color.

At times surreal, at times verging on the Constructivist, each one-of-a-kind piece is a veritable botanical fantasmagory. Yet, wether scenes from La Fontaine or the zodiac, the interpretations always remain personna. They attract, masterfully mysterious and somehow almost tangeable, close to the hands and the vision of their author.

Before theses varnished visual poems, the viewer crosses into the wolrds of fables and myths so familiar, the complexity of the process left behind, and immediately absorbs the figures and fabulations in natural shapes, fresh with imaginations, newly delineated before our eyes.

Thea GRANT