Démons et merveilles

Le réel transfiguré … par la photographie

Jusqu'où l'art peut-il aller dans le domaine du fantasme ? On s'est souvent posé la question en face de certaines œuvres artistiques. On est placé devant la même interrogation face aux photographies "Arborescences".

Refaire le monde selon la vision personnelle est le rêve de nombreux artistes car parfois l'artiste se sent étranger au quotidien qui l'entoure, dans lequel il ne trouve aucune des satisfactions esthétiques ou spirituelles auxquelles il aspire. Des voies créatrices les plus diverses ont été suivies : celles de "paradis artificiels" (Beaudelaire), de la claustration parmi les objets élus (Villiers de l'Isle-Adam), du dérèglement systématique des sens (Rimbaud), de la transfiguration des mots (l'expérience surréaliste poursuivie par des écrivains comme Saint-John Perse ou Pierre de Mendiargues), et des tentatives similaires ont abouti à l'abstrait dans les arts plastiques.

La photo, née du jeu de la lumière et des ombres, par le truchement de la technique est bien placée pour prétendre à son tour transfigurer le réel. Elle y parvient par l'artifice; mais il lui arrive parfois de dépasser le plan de la curiosité technique pour éveiller l'émotion et c'est le cas pour ces photographies déconcertantes et troublantes en raison de leur étrangeté allant jusqu'à la fascination : masques démoniaques nés de l'enchevêtrement de branches; hydres tentaculaires engendrées par l'opposition des blancs et des noirs entremêlés qui rappellent les dessins fantastiques de la fin du XIXe siècle; arbres pétrifiés sous un ciel imprégné de la lumière plombée qui précède l'orage.

Le réel extérieur ici n'est plus que le prétexte à exprimer le chaos intérieur. La photographie devient "éclat" du rêve, instant figuré dans une forme définitive.

Cependant la quête photographique se poursuit vers des aspects moins angoissants par une progression de l'ombre vers la lumière.